Et si on mesurait les émissions de CO₂ depuis l'espace?
Énergivores

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C'est le pari de QAIrbon qui se positionne depuis quelques temps sur la surveillance des émissions de CO₂ industrielles à travers le monde. En utilisant des mesures satellitaires de très haute résolution validées par des agences spatiales de premier plan et affinées par des techniques de pointe, l'entreprise s'est résolument orientée sur la quantification des émissions. Rencontre avec le trio qui façonne en ce moment le développement rapide de l'entreprise...
Fin 2024, QAIrbon a été récipiendaire d'un prix de 34 000 € du Copernicus Relay FPCUP, co-financé par le CNES et la Commission européenne, remis lors des Rencontres du Spatial en région Sud. Premier encouragement concret d'une démarche qui veut accompagner la transition écologique industrielle en fournissant des mesures de CO₂ de très haute résolution à partir de données spatiales. Hervé Hamy, président de l'entreprise, Philippe Durieux, directeur général, et Benoit Blanco, directeur technique, nous éclairent sur la genèse de l'entreprise et sur ses ambitions.
Pourquoi les mesures de haute précision sont-elles si essentielles ?
Hervé Hamy : La précision est cruciale pour garantir la fiabilité des mesures utilisées dans les audits environnementaux et la gestion des quotas carbone. Nos données doivent être irréprochables pour répondre aux standards réglementaires stricts, et elles seront validées par un certificateur.
Nous avons développé une technologie qui est capable de capturer les émissions de CO₂ depuis l'espace avec une précision inégalée. Nous travaillons en coopération avec les grands noms du spatial, notamment Thales Alenia Space, et la solution va être validée par des agences spatiales de premier plan.
Comment fonctionne votre technologie de mesure des émissions par satellite ? Avez-vous testé cette technologie sur le terrain et pouvez-vous nous en indiquer les limites ?
Benoit Blanco : Notre technologie repose sur des satellites équipés de capteurs capables de détecter les radiations dans le proche infrarouge et de mesurer l’absorption de la lumière par un panache de CO₂. Cela permet d’établir avec précision une carte de concentration du gaz.
Nous sommes en train de mener un essai grandeur nature sur des installations industrielles majeures comprenant des aciéries et des centrales. Ce test permet déjà de démontrer la capacité des capteurs spatiaux à détecter des émissions de CO₂, même avec des conditions atmosphériques complexes.
L'un des principaux défis reste la détection du CO₂ en raison de sa forte concentration naturelle dans l'atmosphère. Pour surmonter cela, nous utilisons des capteurs à très haute résolution spectrale et des modèles d’une très haute complexité issus de l’état de l’art scientifique sur l’utilisation des données météorologiques et sur la physique de l’atmosphère.
Quelles sont les principales applications pour les entreprises ?
Jean-Philippe Durieux : Le CO₂ est désormais une valeur comptable pour les entreprises. Nos données leur permettent de suivre et de réduire leurs émissions de CO₂ conformément aux réglementations environnementales. Elles sont également utilisées dans le cadre de la gestion des quotas carbone et peuvent être intégrées dans des rapports extra-financiers certifiés.
QAIrbon souhaite collaborer avec plusieurs grandes industries européennes, par exemple pour leur permettre de réduire leurs émissions de CO₂ en sélectionnant les fournisseurs qui ont la meilleure performance environnementale, où qu’ils soient dans le monde. Cette approche est essentielle pour les entreprises, qui doivent s’engager sur l’intégralité de leurs émissions selon les nouvelles réglementations environnementales européennes.
D'ici 2027, QAIrbon a l'ambition de devenir le leader mondial de la mesure des émissions industrielles depuis l'espace. La société travaille activement à la mise en place de sa propre flotte de satellites dédiés afin de garantir une couverture mondiale optimale.
Une entreprise azuréenne résolument à suivre... Et surtout à garder dans notre écosystème, même après sa mise en orbite.
QAIrbon est le fruit de la rencontre en 2022 entre Jean-Philippe Durieux et Hervé Hamy, deux collaborateurs de Thales Alenia Space partageant une ambition commune, utiliser les technologies de l’entreprise pour lancer une initiative à fort impact environnemental. En 2023, ils intègrent l’incubateur de startup de Thales pour travailler sur le positionnement stratégique du groupe sur le marché des mesures réglementaires du CO₂. Leur projet est sélectionné par Thales Alenia Space, aboutissant à la création officielle de QAIrbon en juillet 2024. Benoit Blanco a rejoint l’aventure en décembre 2024.
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